Je l'aime à l'en haïr
suite et fin
Je fermai mon blouson en cuir pour empêcher le vent glacé de s'y engouffrer, grelottant déjà de froid.
Je restai fixe devant le miroir de ma salle de bains, contemplant mon ½il au beurre noir, la bouche entrouverte, les lèvres tremblantes, une larme perla sur ma joue.
- « Putain...j'suis carrément défigurée ! »
J'essayai de me cacher derrière des problèmes futiles pour pleurer, mais en fait, la raison de mon chagrin était beaucoup plus profonde et grave qu'une simple blessure, aussi moche et douloureuse soit-elle.
Je portai une main tremblante à mon visage, la panique me faisait perdre mes moyens, jusque là j'étais calme mais le simple fait de voir mon reflet m'avait tout à coup confrontée à la réalité.
Je ne savais pas ce que j'allais bien pouvoir faire, mais une chose était sûre : je savais ce que j'avais fait, ou plutôt ce qu'elle m'avait fait !et c'est dans une telle situation que l'on se rend compte qu'il est trop tard et qu'il nous est impossible de remonter le temps.
Merde, j'allais devoir faire face à mes problèmes comme je faisais face à mon image, et je ne pouvais me défiler.
Je marchais seule dans le brouillard, les mains bien fourrées au fond des poches de mon blouson, je regardais droit devant moi comme si une nouvelle route allait apparaître au loin et me guider vers un lieu inconnu, un monde parallèle où je pourrais fuir lâchement tous mes problèmes.
J'en avais marre, tous ces petits détails qui s'accumulaient au quotidien, au départ ce n'est rien, et puis ça grossit, comme une tumeur, et au lieu de vous tuer physiquement elle vous tue psychologiquement, elle vous fait agir par la colère, elle rend tous ces petits rien de tous les jours qui au début vous font rire chiants, au point que vous en pleurez à la fin.
Sans m'en apercevoir, je fronçai les sourcils et une femme qui passait près de moi crut que je la regardais de travers, elle me lança un regard noir. Un « Connasse » s'échappa de mes dents serrées.
La colère était déjà un sentiment lourd à porter en soit, mais en plus il ne m'aidait pas : où est-ce que j'allais ?
*Flash back*.
Un début d'après-midi, je rentre du boulot, Elle est assise sur le canapé une rose à la main. Je lui lance mon plus beau sourire :
- « Qui est-ce qui t'a offert des fleurs ?
- Le jour où on m'achètera des fleurs, ce sera pour décorer ma tombe, répondit-elle avec un petit rictus crispé sur le visage. Non, ce n'est pas pour moi, je l'ai achetée pour ma mère, je vais la voir tout à l'heure ! » elle eut alors un franc sourire qui m'éblouit.
Ce genre de petits détails positifs me manquait, mais j'avais envie de les oublier. Trop de pensées négatives se bousculaient dans ma tête, je voulais rassembler le plus de raisons possibles pour la détester. J'en avais raz le bol de pardonner « parce qu'on avait partagé de bons moments ! », j'avais envie de me souvenir de tous les mauvais pour ne rien avoir à regretter.
Je le savais depuis longtemps, mais le simple fait de me l'avouer me chagrinait : c'était fini...oui, entre elle et moi, c'était bel et bien fini !
Après toutes ces années...j'avais soudain l'impression d'avoir perdu mon temps, d'avoir gâché une partie de ma vie, mais maintenant je savais où aller...
Serrant la fleur entre mes doigts humides, je sortis de la salle de bains, puis le pas lent, j'allai sortir de l'appartement.
Quelle merveilleuse idée j'avais eue là, quelle meilleure façon de conclure les choses ?
Je décidai quand même de me poser cinq minutes, histoire de réfléchir.
L'idée qui venait de germer dans mon esprit tordu était tellement morbide...mais j'étais décidée. Je m'assis quand même au bord du trottoir, sortant d'une de mes poches la photo que je brûlerai quelques heures plus tard.
Je la fixai, jusqu'à ancrer parfaitement l'image dans mon esprit, de la buée d'échappait de ma bouche entrouverte. J'avais un air béat totalement ridicule, comme si je voyais ce petit fragment de souvenir pour la première fois. Pourtant, je le voyais souvent puisqu'il était dans mon portefeuille. Ce à quoi Elle aurait sûrement répondu : « T'façon t'es fauchée, alors pour c'que tu l'ouvres ton porte monnaie la photo tu dois pas la voir bien souvent ! »
J'étais fauchée, certainement, mais j'avais assez d'argent pour mettre mon petit plan à exécution.
Machiavélique, j'étais machiavélique ! A cette simple pensée, j'affichai un énorme sourire.
Le soleil était revenu mais il faisait toujours aussi froid, je me demandai si cette rose n'allait pas crever avant que j'arrive à destination. Mais non, elle ne mourrait pas, car je n'en avais pas envie, parce que tout cela était trop parfait pour être gâché par un aussi petit détail.
Je me relevai, les jambes un peu engourdies, de là je la voyais : la boutique du fleuriste.
Oui, quelle bonne idée.
Je serrai la tige dans ma paume de peur qu'elle ne me glisse entre les doigts, comme si ma vie en dépendait. Je passai par une petite ruelle qui menait derrière l'appartement, là, l'herbe était fraîche, le décor idéal, je me dirigeai vers une motte de terre fraîchement retournée.
Je posai la rose dessus, puis m'assit à côté.
- « Tu sais ma puce...tu avais raison pour les fleurs. Quel beau cadeau ne t'ai-je pas fait là ? Je suis la seule à y avoir pensé ! Oh...mais suis-je bête ? Je suis la seule au courant... »
Je regardai silencieusement l'herbe danser sous le souffle du vent, puis mes yeux se posèrent sur la rose :
- « C'était la meilleure façon d'en finir...Puisque notre relation était morte, tu devais mourir avec elle...Tu es au calme, là-dessous, non ? Je ne t'emmerderai plus, tu te plaignais de moi si souvent...sois soulagée ! Bon, eh bien maintenant je vais te laisser réfléchir à tout ça, j'ai un rendez-vous ! Adieu... »
C'est le c½ur léger que je m'en allai en sifflotant.
~Iloka~
Illustration: encore un de mes kakis...heureusement qu'on a acheté un nouveau scanner, j'en ai marre de dessiner sur l'ordinateur o_0